La trahison

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La trahison

Message par Fizzwidjet70 le Mer 13 Jan - 17:14

Il faisait sombre, j'étais assis sur une chaise inconfortable. La pluie frappait les carreaux des petites fenêtres et le vent les faisait vibrer. Des courants d'air passaient dans mon cou et me donnaient des frissons désagréables. Devant moi se trouvait une lourde porte en fer fermée à clé. De l'autre côté, des bruits de pas retentissaient sur le sol et se rapprochaient de plus en plus. Ils s'arrêtèrent devant la porte, une clé pénétra dans la serrure et la déverrouilla. Un homme entra avec une pochette sous son bras gauche. Il alluma la lumière au-dessus de ma tête, referma la porte derrière lui et s'assit en face de moi en déposant ses documents sur la table en bois qui nous séparait. Il avala sa salive, croisa ses doigts et me regarda dans les yeux.
"Colonel Iosif Smirnoff, commandant du 82e peloton de soutien d'artillerie, 35 ans, né le 7 août 1946 à Saint-Petersbourg et résidant désormais à Murmansk. C'est bien cela ?
_ Oui, Monsieur. Répondis-je solennellement.
_ Vous êtes accusé de traîtrise envers votre compagnie pour avoir fui avec votre équipage dans votre véhicule de commandement lors d'une mission de soutien en laissant vos alliés se faire décimer par nos ennemis. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
_ Je n'avais pas le choix.
_ Nous avons toujours le choix M. Smirnoff ! Vos alliés comptaient sur vous et vous les avez abandonné ! Expliquez-moi plutôt votre histoire, j'ai besoin de connaître votre version des faits.
_ A quoi cela servira-t-il ? Je n'ai pas envie de collaborer avec vous.
_ C'est comme vous voulez. Je suis ici pour vous sortir de la merde dans laquelle vous vous êtes fourré ! Si je traverse cette porte, tous les témoignages en votre faveur, tous vos faits d'armes passé&s seront effacés et vous finirez votre vie en prison. A vous de choisir."
L'homme se leva en reprenant sa pochette et s'approcha de la porte pour l'ouvrir.
"Attendez... Affirmai-je en levant la main. Je vais tout vous raconter..."
Il se rassit, sortit un paquet de cigarette de sa poche et me le lança avec un briquet que je pris. J'en allumai une et y aspira son poison addictif en tremblotant des lèvres.
"Prenez votre temps, Colonel. Je suis là pour ça. Dites-moi tout dans les moindres détails.
_ Mon peloton d'artillerie était composé de cinq véhicules : le véhicule de commandement, le véhicule éclaireur et trois artilleries classiques.
_ Précisez ces véhicules. Ordonna-t-il en me fixant dans les yeux.
_ 2 Conqueror Gun Carriage, un T92, une B-C 155 58 et une Obj. 261.
_ Pourquoi donc utiliser une telle combinaison ?
_ Les Conqueror GC ont de très bons angles de tirs. Ils sont imprécis mais peuvent atteindre des cibles insaisissables. Ils sont assez blindés et peuvent rester en première ligne pendant que les autres peuvent s'enfuir. Le T92 a une puissance brute et donc peut éliminer facilement une cible. La B-C 155 58 est rapide et peut nous éclairer en plus de pouvoir harceler ses adversaires. Quant à l'Obj. 261, sa précision est indéniable et elle est très mobile. Nous avons donc l'armure, la puissance, les yeux et le cerveau. Cette composition était meurtrière à l'époque...
_ Je vois... Continuez.
_ C'était dans une province enneigée. Nos alliés étaient nombreux et semblaient compétents. J'avais étudié la zone avec mon peloton et nous savions où nous placer. Quand l'heure de la bataille sonna, les chars alliés s'étaient dispersés un peu partout. Les premiers coups de feu retentirent quelques minutes plus tard. Mon peloton soutenait les alliés dans le besoin. Tout allait bien, nous étions dans une bonne posture. notre avancée sur les lignes adverses était inarrêtable. Mais tout d'un coup, les chars se firent décimer. Nous les perdîmes de tous les côtés et notre B-C 155 58 était en rechargement. Les mouvements adversaires étaient imprévisibles, nos tirs ne faisaient que d'échouer.
_ Que s'est-il passé pour que votre équipe puisse perdre l'avantage ?
_ Des chasseurs de chars étaient embusqués de part et d'autre du territoire et ils nous attendaient. Personne n'arrivait à les voir. Il ne restait plus que notre peloton contre une nuée de chars. Mon véhicule s'était retranché pour éviter de se faire repérer et je donnais les informations au groupe. La B-C se camouflait dans des fourrées pour repérer les menaces alors que les Conqueror GC et le T92 s'étaient regroupés ensemble, prêts à intervenir. Un char se fit détecter. C'était un char léger, notre prédateur naturel. Le canon de mon artillerie bougea et le visa en prévoyant ses mouvements. Son 180mm était très précis et nous n'aurions peut-être pas pu avoir une seconde chance. Mon tireur fit feu dans un bruit assourdissant qui brisa le silence de l'environnement. L'obus atterrit et frappa sa cible. Le petit char explosa en des centaines de morceaux. Cela nous faisait un poids en moins, mais ce n'était pas suffisant. Le reste des ennemis avançaient sur nos positions. Nos trois artilleries regroupées éliminaient leurs assaillants mais finirent par succomber. J'ordonnai à la B-C de se retrancher alors que mon véhicule changeait de position. Nous nous retrouvions tous les deux contre 6-7 adversaires. La petite artillerie française pointait son canon à l'arrière de son châssis pour nous protéger de ce qui allait arriver dans notre dos. Malheureusement, elle ne put éliminer les menaces arrivant en masse et se fit détruire. Son sacrifice m'avait permis de m'enfuir. J'étais seul avec mon équipage maintenant, nous savions que nous n'allions pas nous en sortir. Nous traversions les cimetières de chars brûlants. Le terrain était accidenté, le char glissa sur une pente qui menait dans un cours d'eau. Le véhicule était bloqué au bord de la rive, il était impossible de le dégager de là. Les chars adverses étaient arrivés, c'était fini pour nous..."
Je rallumai une autre cigarette alors que l'homme en face de moi me fixait en humectant ses lèvres sèches. Il semblait réfléchir en tournant son stylo dans sa main droite. Il avait pris des notes sur mon histoire. Le vent soufflait toujours dehors et le silence de la pièce était pesant. Il prit la parole.
" Que s'est-il passé après cela ?
_ Je ne sais plus, j'ai un trou noir total... Quand je me suis réveillé, j'étais dans cette pièce, il y a quelques jours. Je me rappelle juste que les équipages sortirent et qu'ils étaient agressifs, mais c'est tout. Je ne sais même pas comment vont mes hommes...
_ Ils vont très bien, ne vous inquiétez pas. Vous les rejoindrez aussitôt que vous sortirez de ce trou à rat.
_ Comment cela ? Et les accusations, ma condamnation, le tribunal ?
_ Tout cela sera réglé, vous serez officiellement mort lors d'un transit par fourgon piégé et ce fiasco disparaîtra avec votre mort. Dit-il en souriant.
_ Je vais finalement mourir ? Demandai-je inquiet.
_ Non, ce ne sera qu'une simulation pour que vous n'ayez plus d'emmerde. Vous avez fait du bon boulot, Colonel Smirnoff, bien joué. Votre ennemi n'a toujours pas été éliminé et a été localisé il y a peu. Voulez-vous vous venger, Colonel ?
_ Oui.
_ Et bien, allons-y."

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En Russie, devenir pilote de char n'est pas un honneur, mais une punition.
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